Portrait: Baya Rehaz

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Baya Rehaz est une de ces comédiennes qui renouvelle avec brio l’image du talent. Elle le prouve avec sa web-série Paris un jour de qui revient sur la toile avec une deuxième saison encore plus explosive. A la fois comédienne, scénariste, réalisatrice, elle nous étonne par sa capacité à changer de rôle aussi facilement. Baya s’est confiée aux P’tits Parisiens, elle nous avoue ses fragilités, nous décrit son admiration touchante pour Paris et nous dévoile quelques uns de ses innombrables projets. Sagace et drôle, elle vit sa passion à fond, le cœur remplit des siens. Rencontre avec cette artiste au fort tempérament qui nous dispense ici une sacré leçon de liberté.

Bonjour Baya, peux-tu te présenter en quelques mots ? 

Je m’appelle baya je porte le prénom de ma grand-mère paternelle que je n’ai pas connue… Je suis la quatrième d’une fratrie de six enfants ! J’ai grandi à Vigneux sur Seine dans le quartier de la Croix Blanche. Maintenant je vis à Montmartre et je suis amoureuse de mon quartier. Je suis actrice, auteur et apprentie – réalisatrice, j’adore les biographies parce que j’adore connaitre le parcours des gens, j’aime les voyages et depuis que mon amoureux m’initie, je m’intéresse de plus en plus à la gastronomie.

Quand et comment as tu débuté ta carrière ?

Je ne sais pas si on peut parler de carrière vu que je commence. Mais disons que ça a vraiment commencé en 2010 avec « Il reste du jambon? » de Anne Depetrini qui est devenue une amie depuis, la première qui m’a donné ma chance. Sinon la passion je l’ai depuis mes dix ans quand j’ai participé à un atelier théâtre en CM2. A l’issue des ateliers, on m’a donné le rôle principal pour le spectacle de fin d’année: je jouais la femme de Barbe Bleue dans l’histoire de son jugement. Un rôle qui m’a ouvert les yeux, le cœur et qui m’a donné ma direction de vie. Depuis je n’ai qu’un objectif : bouleverser les gens en interprétant le plus sincèrement possible et au plus près de la vérité les personnages que j’ai la chance de rencontrer.

On t’a vu au théâtre avec « Hibernatus » mais aussi au cinéma avec entre autres La vie d’Adèle. Comment sélectionnes-tu les projets ?

A vrai dire je ne sélectionne rien, je n’ai pas encore la chance de recevoir les scripts à la maison et de dire ça oui ça non…  Je passe des auditions, je les décroche ou pas. Pour « La vie d’Adèle » c’est un peu différent puisque pour pouvoir passer l’audition j’ai écrit pendant de longs mois à Abdelatif Kechiche et je l’ai invité à venir voir une pièce que j’avais montée seule sans budget dans un petit théâtre parisien. Je crois qu’il a été touché par mon approche du métier c’est-à-dire faire et ce même avec peu de moyens, monter des projets quoi qu’il arrive sans attendre. Je peux aussi refuser certains castings si les projets concernés ne collent pas à ma vision du métier.

Tu es à l’origine de la web série « Paris un jour de » qui a connu un franc succès ! Comment t’es venue l’idée ?

Paris, 2010, on galère avec trois copines, la Saint-Valentin arrive, on est célibataire et cela nous déprime clairement. Je propose d’écrire quelque chose à ce sujet, on le tourne en deux heures avec une copine qui n’a jamais tenu de caméra dans la main… sans son. J’étais bien naïve ! Mais l’audace paye: je le monte, je le poste, ça buzze ! J’écris alors un autre épisode: ça re-buzze ! Je tourne ensuite deux pilotes toujours sans moyen ! Là, le projet est sélectionné à Luchon en 2014. Un an après soit en septembre 2015 je n’ai toujours pas réussi à le vendre malgré mes milles et un mails. Je poste sur facebook: Dailymotion tombe dessus et je me lance avec leur soutien dans cette aventure incroyable sans production avec un micro budget mais j’aime les challenges et en général quand j’ai un objectif je ne lâche pas, je ne peux absolument pas me décevoir… Une saison entière en poche et maintenant voilà on tourne la saison 2 avec une production cette fois.

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La saison 2 est sur nos écrans depuis le 19 mai dernier. Était-ce une évidence pour toi d’écrire la suite ?

Ce n’était pas une évidence sous ce format mais je voulais voir à quoi ressembleraient mes épisodes avec une prod… C’est-à-dire sans vraiment penser aux problèmes logistiques, me libérer dans l’écriture… Et être plus sereine, mieux préparer mes tournages… Ce qui était une évidence c’était de développer mon côté auteur et de m’approcher de plus en plus de la mise en scène.

Comment s’est déroulé le tournage ?

Je suis en cours de tournage, on a tourné deux épisodes pour le moment. On tourne et on monte en très peu de temps et dans le même temps je prépare les autres tournages, je peaufine l’écriture, rencontre les comédiens, m’occupe de la communication. Donc c’est toujours le rush, la course, la fatigue parfois excessive mais bon c’est jouissif. Quand je fais ça je suis exactement à ma place, cette hyperactivité , travailler quasi non-stop, j’aime ça… En plus ça me renforce un peu plus chaque jour car bien sur tout projet a son lot d’obstacles et de désagréments mais c’est peut-être de cette difficulté que naissent les plus belles choses. Parce qu’il faut avoir le cœur et les nerfs bien accrochés pour monter un projet. A la fin, ce que les gens voient c’est ça: ton cœur et ton travail.

Peux-tu nous parler de tes différents rôles sur ce projet: scénariste / réalisatrice et comédienne ?

Je suis scénariste, je m’éclate à l’écriture. J’adore voir exister mes personnages. J’adore peaufiner jusqu’au dernier moment. L’écriture c’est hyper important,  je sais que les scénaristes sont les oubliés des récompenses, des victoires mais sans histoire il n’y a rien. C’est la base de tout, pour moi c’est le moment où je cherche, je me questionne. Quant à la mise en scène, ça a toujours fait partie de moi. Ça m’éclate, j’adore. Renoir disait qu’être un bon metteur en scène c’était savoir apprendre aux comédiens à être eux et je suis d’accord avec cette idée. Je pars de ce qu’ils sont quand je dirige. Je suis comédienne ( ça me permet de faire la transition ;)) alors je sais ce qu’est la sensation de liberté quand tu joues et ça n’arrive pas si souvent. Il faut être soi, il faut être libre. J’insiste car quand j’interprète Sonia je suis ultra-libre, je l’emmène où je veux, je suis ma propre réalisatrice. C’est top, je ne réfléchis pas, je m’amuse. Ce personnage m’a valu deux prix d’interprétations, j’en avais jamais eu avant, je n’avais même jamais envisagé être nominée. Comme quoi être soi et libre ça fonctionne. Je déteste par exemple l’exercice du casting ! Je sais qu’en sortant je ne suis jamais vraiment satisfaite car je ne suis jamais vraiment moi-même. Même si le directeur de casting est super cool, je suis comme une bonne élève qui veut bien faire alors qu’il faudrait juste que je sois moi. Pour cette raison, je ne fais pas passer de  castings aux comédiens, je regarde ce qu’ils font, je les rencontre et je me dis oui ou non car en discutant avec eux et en voyant quelques vidéos je sais d’emblée où il peuvent aller.

Ça doit être unique comme expérience ?!

L’expérience est folle, dingue, orgasmique. Je ne me suis jamais autant réalisée qu’en investissant mes propres projets. C’est très enrichissant à tout point de vue: professionnel, personnel… J’apprends sur le travail, l’humilité, l’estime de soi. Il faut accepter de faire des erreurs, d’avoir des moments de doute. Montrer son travail quand tu es à l’initiative de tout c’est comme mettre son cœur sur un plateau et le déposer devant les yeux des gens. Puis attendre… Quand tu t’exposes, il faut accepter d’être soumis à la critique. Je suis en accord avec ce que je fais et c’est la raison pour laquelle je suis très exigeante au travail. Une fois que tu donnes tout, que tu es le plus sincère possible et que t’as absolument tout verrouillé, tu es solide pour tout accueillir, les bonnes comme les mauvaises critiques. Parce que tu ne t’es pas menti, tu as tout donné, tu as travaillé sans rechigner à la tâche. Quand on travaille avec son cœur on est dans le vrai.

Finalement, ce qu’on aimerait savoir, c’est laquelle de ces activités te procure le plus de plaisir ?

Je suis comédienne…Jouer ça me libère. C’est le métier que j’ai choisi. Maintenant, j’ai toujours écrit mais jamais je n’aurais osé en faire mon métier, les mots sont trop importants. Il ne faut pas se tromper, toucher les gens comme on voudrait qu’il le soit c’est dur. Quand tu écris c’est pour raconter des choses, l’écriture vient d’une nécessité, tu ne fais pas cela par ennui. Plus ça va plus je veux écrire encore et encore, j’ai trop de choses à dire. Trop de cœurs à atteindre encore pour m’arrêter. Ma récompense c’est quand on me dit: « Grâce à toi j’ai ri mais j’ai aussi pleuré… Je me reconnais.» Quand on te dit ce genre de choses c’est juste impressionnant !

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« Paris un jour d’interview » ça sonne plutôt bien. Une saison 3 à venir pour glisser cet épisode ?

Ahaha, Paris, un jour d’interview … Il faut voir, car je ne suis pas sure qu’il y ait une saison 3. Je mise tout sur cette deuxième saison.

On a vu récemment sur nos écrans la web série de Dim – « Dim moi » – (nous aussi on sait faire des jeux de mots) que tu as écrite: comment les équipes Dim t’ont-elles approchée ?

Elles ont vu « Paris, un jour de… » et elles ont adoré. Elle cherchait à renouer avec l’image moderne rock-décalée-insolente que Dim avait dans les années 90. Cela tombait bien car c’est tout ce que j’aime. Elles m’ont proposé d’écrire pour elles en mettant en avant leur nouvelle collection. Je l’ai fait et au total il y a eu près de trois millions de vues. Le pari a été relevé!

Quels sont tes futurs projets ?

Je vais jouer dans « Commissariat central », une nouvelle série produite par Kabo, mais aussi dans « Loulou » qui est une série digitale et puis un court-métrage très joli sur une fille et son père. Côté réalisation, je vais réaliser un clip avec des enfants dont les fonds iront à une association… Ensuite je rentre cet été en écriture pour mon long métrage… J’ai hâte de démarrer.

Quel conseil donnerais-tu à un(e) jeune comédien(ne) ?

Si tu acceptes le fait de ne jamais pouvoir en vivre alors fonce et accroche toi ! Ce n’est pas de moi c’est de Sean Penn mais je trouve ce conseil formidable. C’est vrai c’est la base car c’est un métier difficile. Tu vis dans le désir des autres et ne pas être désiré ça fait très mal, il faut donc s’accrocher. Tu alternes jolis moments et moments compliqués !

Que signifie Paris pour toi ?

Paris, c’est ma maison. C’est l’espoir, la jeunesse, la folie. C’est l’énergie. C’est vital. J’espère rendre hommage à cette ville dans ma série comme il se doit. Je ne me vois vivre nulle part ailleurs. Paris m’inspire. J’aime que les parisiens dans le métro tirent la gueule et soient toujours pressés alors qu’en terrasse, où ils passent leur temps à se prélasser, ils sont vraiment chaleureux . Paris c’est fou. Le 13 novembre a changé un truc c’est sur, de se dire que des gens sont morts parce qu ils aimaient la vie, ça me heurte, je ne comprends toujours pas cette violence… Ça aurait pu être nous, c’était nous d’ailleurs… Je pense sans arrêt à eux à leur famille. C’est pour cela qu’on doit vivre profiter et Paris est le meilleur endroit pour ça. Paris est une fête après tout.

Quand tu n’es pas en session écriture ou en tournage, où peut-on te croiser en train de boire et manger ?

Au Mansart, au Bar à bulles depuis que c’est ouvert j’y vais souvent à toute heure pour travailler ou juste boire un verre avec des copines, c’est caché c’est un coin de paradis. Je vais aussi auBoucan, les propriétaires sont très cools et ce n’est pas cher, c’est grand et chaleureux comme à la maison ! Il y a Le Dépanneur aussi ou alors le Rose Bakery pour manger sain et gourmand.

Propos recueillis par Les P’tits Parisiens

Pour retrouver tous les épisodes de Paris, un jour de (depuis la première saison!) c’est par ici

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Et bien évidemment, on ne vous laisse pas partir sans que vous ne jetiez un œil aux deux premiers épisodes de la saison 2 de Paris, un jour de :

http://www.dailymotion.com/video/x4a2ks6_paris-un-jour-de-deception-s02-ep01_fun

http://www.dailymotion.com/video/x4csrve

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