Jonathan Cohen: « Les gens viennent me voir et me remercient de les avoir fait rire. Et là je me dis que je suis au bon endroit de ma vie. »

Jonathan Cohen: « Les gens viennent me voir et me remercient de les avoir fait rire. Et là je me dis que je suis au bon endroit de ma vie. »

Jonathan Cohen est un artiste qui vise juste. Subtilement drôle, il a fait de l’humour un art et en maîtrise mieux que personne les codes. Grâce à Serge le Mytho, le personnage qu’il incarne pour Canal +, il a su se distinguer et s’imposer. Une chose est sûre: il va compter. En un sourire, Jonathan nous prouve sa lucidité désarmante. Confidences d’un enfant du 93 devenu grand.

Peux-tu te présenter en quelques mots? 

Jonathan Cohen, j’ai 36 ans, je suis comédien mais aussi scénariste, réalisateur. On est d’accord je dis tout ? Je suis aussi producteur, qu’est-ce qu’il y a hein ?!

Parle nous de ton parcours ?

Je viens de Pantin, je suis un enfant du 93. Mon parcours est un peu atypique car j’ai fait des études assez médiocres, j’ai  même raté mon bac. De peu, je suis alors allé au rattrapage mais j’avais un mauvais dossier et ils ne me l’ont pas filé. Du coup je me lance à ce moment-là dans la vie active, dans l’immobilier plus précisément et c’est une catastrophe. Puis, je deviens commercial, je vends des fenêtres chez Isotherm. À ce même moment, je propose à mon meilleur ami de vendre des fenêtres avec moi et il refuse car il a envie de faire du théâtre. J’hallucine puisque jamais il ne m’avait dit ça… Bon je continue les fenêtres pendant un an, je cartonne je fais beaucoup d’oseille. J’avais dix-neuf ans avec tous mes rêves de minot frustré qui ne pouvait pas se payer des Jordans ou des fringues comme ses potes. Là, j’accède à un rêve superficiel : je peux m’émanciper un peu et être beaucoup moins frustré.

Et alors, as-tu rejoint ton meilleur pote aux cours de théâtre? 

Exactement. Un jour j’accepte d’aller à un cours de théâtre, il me saoulait pour que je vienne mais j’avais un peu d’appréhension. J’arrive dans un cours d’impro et je pète un câble. J’avais trop envie d’en être, d’être sur scène et à partir de là, j’ai été incapable de revendre des fenêtres. C’était un petit cours à Paris, ça s’appelait Fame comme son nom l’indique ça se prenait déjà pour des « Cainris » et je prends une claque ! Il a fallu deux mois pour que je démissionne, mon patron m’a jeté comme une merde, il a pris ça pour une trahison et je me suis inscrit au cours de théâtre mais sans aucune autre ambition que faire des cours.

Ensuite tu enchaînes les cours ? 

Après très vite, j’ai fait une autre école et pas longtemps après, on me conseille de passer le concours du Conservatoire de Paris. J’accepte mais sans savoir ce qu’était réellement ce concours. Je m’entraîne, je le passe et je l’ai. À ce moment-là, j’ai vingt-trois ans et je me retrouve dans une école nationale. Mais c’est pour ça que je l’ai eu parce que ça ne représentait rien pour moi. Il y a 1 500 personnes et ils en prennent 30 et moi je suis parmi ces 30 personnes sélectionnées. Alors je fais un petit complexe d’infériorité parce que je suis avec des mecs qui rêvent d’être là depuis qu’ils sont nés. Je n’ai aucune culture théâtrale, je suis un ignare dans ce domaine. La seule pièce que j’avais vue c’était un Molière et on avait ruiné la pièce avec ma classe. La première année était difficile, mais les suivantes étaient exceptionnelles. J’ai rencontré des gens qui sont maintenant mes amis et avec qui j’ai toujours envie de travailler. Je sors de là en 2007.

image1-6

Peux-tu nous parler de ta première expérience en tant que comédien?

C’est une pièce que je fais avec Julie Brochen, « Derniers remords avant l’oubli », issue de « Juste la fin du monde ». D’ailleurs, je préférais ma version que celle de Dolan, non je rigole ! Il y avait Pierre Niney, c’est ma vraie première expérience hors école et c’était extraordinaire. Après j’ai fait « Mafiosa » pour Canal + et « Les invincibles » puis des petits rôles au cinéma, beaucoup de seconds rôles et tout ça dans la joie. Je le vis bien, aujourd’hui je le vis encore mieux je suis beaucoup plus zen avec mon métier. Ça a été assez joyeux mon parcours, j’ai toujours kiffé, j’ai des amis extraordinaires. La vie est cool pour nous quand même, on arrive à vivre de notre métier, c’est dément et maintenant je suis à un carrefour de ma vie. Il y a un truc qui se passe et c’est beaucoup dû à « Serge le Mytho », on ne va pas se mentir. C’est drôle la vie, tu fais un truc juste comme ça, parce que ça te fait marrer avec tes potes et finalement il y a de l’engouement qui se crée autour. Puis en même temps, c’est un des trucs que j’ai le plus kiffé faire depuis des années parce que je me sentais totalement libre et qu’on m’a laissé être totalement libre.

D’ailleurs comment est né Serge le Mytho? 

J’arrive dans « Bloqués », je connais très bien Kyan Khojandi et Bruno Navo Muschio, [ndlr co-auteurs de la shortcom], on a gardé des purs contacts. Ils m’aiment en tant qu’acteur et je les aime aussi. Ils me disent qu’ils ont pensé à moi pour un personnage qui s’appellerait Serge le Mytho et ils me demandent si ça me ferait kiffer de le faire. Kyan savait que j’avais un personnage de mytho, à un moment il était venu vivre chez moi, on délirait souvent dessus. Ils m’ont dit : « voilà on te laisse faire ce que tu veux ». J’arrive au studio, je ne connaissais pas Orelsan ni Gringe et ils m’ont dit « Pose toi sur le canapé et tu fais ce que tu veux. » Ils m’ont orienté parfois mais la majeure partie c’est de l’impro. La première a duré 1h40, à la fin tu n’as plus de cerveau, tu fumes. Dans les 35 premières minutes, il y avait trois épisodes alors qu’à la base je pensais en faire un seul. Puis il y a eu « Serge le mytho ». Comme « Serge » a eu du succès sur « Bloqué », Canal + nous a proposé de faire le spin off. C’était difficile de refuser. Je ne m’attendais pas du tout à cet engouement.

Quelle est ta relation au succès?

Avec la force de l’âge, tu as l’impression que tu es en course contre la montre mais tu ne sais même pas contre quoi, parce que tu as l’impression qu’il te faut ceci ou cela. Puis tu arrives à un âge où il y a quelque chose qui se passe en toi, où tu te dis même si ça n’arrive jamais et ben je m’en fous. Ça ne m’empêchera pas de kiffer ma vie parce que ce que l’on désire n’est pas forcement ce dont on a besoin pour être heureux. Et à partir du moment donné où j’ai intégré ça en moi, j’ai eu une espèce de décontraction naturelle qui fait que je suis totalement zen. Si je ne deviens pas l’acteur dont je rêvais ce n’est pas grave. J’aime écrire, j’aime réaliser, j’ai lancé une boîte de prod ça me fait kiffer. J’ai des amis déments, je suis heureux. Il y a eu un vrai lâcher prise là-dessus et une autre philosophie de vie, il y a des choses qui nous dépassent après c’est un épiphénomène. Il faut relativiser, c’est génial, c’est cool, les gens kiffent. Je n’ai jamais eu un succès comme ça, c’est magnifique, les gens viennent me voir et me remercient de les avoir fait rire. Là, tu te dis, je suis au bon endroit de ma vie. Tu fais les choses simplement et les gens te le témoignent simplement.

Peux-tu nous raconter une journée type sur le tournage de Serge le Mytho? 

Moi j’improvise. On note les points clés, on a un petit carnet avec les gars. Navo il a des punchlines totalement folles et ce qui est génial avec ces gars c’est que tout est possible. Si je suis inspiré, on le fait, je pars en freestyle et si je ne le suis pas, on a le carnet. Le but c’est d’avoir des moments de grâce, parfois tu fais un truc puis tout d’un coup ce n’est plus toi qui est aux commandes.  Par exemple, on a fait un truc qui était écrit avec Youssef Hajdi, c’était marrant, on finit et ils ne coupent pas. Il y a Youssef qui me fait : « Elle est belle ta veste tu l’as achetée où ? » et je lui réponds : « C’est la marque que j’ai créée avec Jay-z » et là je commence à partir en freestyle. Tu ne sais pas comment le cerveau fonctionne mais t’es dépassé, tout le monde rigole et là t’es parti autre part, dans un autre monde. D’ailleurs « Serge » ça me dépasse, je vis comme un amnésique. Quand on m’a envoyé le premier épisode monté, je me suis dit « whaaat ? mais non, j’ai pas fait ça ! ». J’avais déjà tout oublié, plus aucun souvenir, je regarde ça comme si ce n’était pas moi, du coup je rigole.

On voit que tu es un pro de l’impro, c’est ce que tu préfères comme rôle?

Je kiffe l’improvisation, c’est mon mode pour m’exprimer pleinement. J’ai appris à dire des beaux textes mais ce que j’aime c’est avoir la sensation d’être libre sur un plateau, avoir cette sensation de pouvoir créer. Très souvent tu travailles avec des gens qui veulent te contrôler plutôt que de prendre ce que tu es capable de donner. Aujourd’hui, je n’ai plus envie de ça. Si tu me laisses libre, tu auras des cadeaux parce que les acteurs quand tu les laisses libres, la plupart, deviennent surprenants. Ça me dérange moins qu’avant d’être un mec qui fait rire, c’est noble en fait. Quand des gens rient vraiment, le témoignage de ça, il est dément. Le reste va venir, c’est en moi, il n’y a pas de galère après ça va beaucoup dépendre de ce qu’on va me proposer, de ce que je vais choisir aussi. Là, on propose des choses en rapport avec ce que je viens de faire puis aussi de ce que j’écris qui est tout aussi important pour moi.

Peux-tu nous parler de tes prochains projets? 

Le film de Fabrice Eboué « Coexister » avec Guillaume de Tonquédec et Ramzy puis un film qui s’appelle « Ami Ami » avec William Lebghil. C’est une comédie romantique entre deux amis, c’est super bien écrit, super fin. Lebghil, c’est un petit génie, je suis trop fier de tourner avec lui, il est tout jeune en plus.

Question sans transition: que représente Paris pour toi? 

J’ai pas mal vécu dans le 93 mais c’est marrant j’ai toujours rêvé de vivre à Paris. Mon seul but c’était d’être à Paris. Paris c’est ma vie en fait, j’ai fait pas mal de quartiers : Oberkampf, le 18ème (qui m’a pourri ma life, erreur de ouf!) et j’ai fait le 11ème mais aussi Bagnolet. J’ai un super pote qui avait acheté une baraque de ouf à Bagnolet. Il voulait faire une coloc, je dis « vas-y jardin barbecue et tout » et les trois premiers mois c’était très cool, après c’était l’enfer. J’ai dit « on va déménager » et depuis je suis dans le 18ème mais j’annonce je vais me barrer. D’ailleurs si quelqu’un le veut 50m2 à 1100euros, il n’est pas cher.
Sinon, moi j’ai un vrai souvenir de ouf: j’ai dix-sept ans et pour la première fois avec des potes je vais au Trocadéro. Là, j’ai une hallu: je vois les immeubles, j’ai un choc émotionnel surtout quand je vois le Mac Do place Victor Hugo il est en ronce de noyer avec des lettres d’or. Je te jure, j’ai eu une attaque cardiaque, c’est ça Paris. C’est une facette que je ne connaissais pas, c’était le truc le plus sublime que j’avais vu. J’étais choqué par la beauté des bâtiments même le Mac Do il m’avait flingué. C’est comme lorsque tu vas pour la première fois sur le pont Alexandre III ou le pont des Arts, tu vois la perspective avec la lune et c’est magnifique. En fait, c’est gorgé de beauté. C’est marrant, je vends mon amour de Paris et en même temps elle me saoule cette ville. Je la trouve un peu relou mais ce que je veux, ce n’est peut-être pas forcément changer de quartier mais voyager en fait. Moi je suis un gars qui peut ne pas partir en vacances parce que, pendant très longtemps, quand j’étais jeune je partais en vacances mais je stressais en me disant « merde je vais rater un truc. » J’ai du mal à décrocher, il me faut un laps de temps pour me mettre sur off. Ne pas réfléchir, c’est ça le vrai pouvoir magique. Moins tu penses, plus t’es heureux. Nos pensées sont très polluantes en fait, la réflexion en elle-même nous sert moins que l’instinct.

Tu as un endroit à nous conseiller pour dîner et boire un verre sur Paris?

Le Chateaubriand, j’y ai bossé un an, ce sont des supers potes à moi. Le Dauphin juste à côté aussi, puis surtout Le Dépanneur c’est mon lieu favori pour boire et manger. Ce sont mes potes je les aime, je suis à la maison là-bas.

Propos recueillis par Louisa Marteau-Rehaz

Pour suivre les aventures de Serge Le Mytho, c’est par ici.

Pour suivre les actualités de Jonathan, c’est par là.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*