Pone: "Je suis le seul à contrôler ce que je fais"

Pone: "Je suis le seul à contrôler ce que je fais"

Vingt ans déjà que Thomas Parent, plus connu sous le nom de Pone, sillonne la France et le Monde. Le natif de Meaux oscille entre rap et électro puis vogue de groupe en groupe, de la Scred Connexion aux Svinkels. Ainsi que Birdy Nam Nam avec qui il remporte une victoire de la musique en 2010.
Désormais en indépendant, le parisien d’adoption prend un nouveau départ avec un tout premier album solo « Radiant ». Celui-ci étant coproduit notamment par Superpoze et avec la présence de Jaw, Isles, SAGE et Louisahhh, le ton est donné dès l’annonce des crédits. Un projet lumineux, quasi solaire, aux antipodes musicalement de ce qu’on s’attendait de lui. L’ancien champion du monde du Disco Mix Club (DMC) s’est d’ailleurs affranchi du « D » et « J » comme d’un poids devenu trop lourd pour lui permettre de s’envoler vraiment. L’occasion pour nous d’échanger avec le principal intéressé et de revenir sur sa carrière, son album et sa nouvelle vie en solo. C'est à l'hôtel Le Pigalle que nous nous installons autour d'un petit-déjeuner.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Thomas, Pone, 38 ans.

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

J’ai redoublé ma troisième. J’ai volé une cassette à Strasbourg en sortie scolaire. J’ai pris trois mois d’heures de colle, j’ai donc le record.

À part cela, j’ai commencé à être DJ quand j’avais quinze ans. En 1996, à vingt ans je participe à ma première compétition. Et puis, j’ai rencontré des personnes assez cool et toujours bienveillantes avec moi, ce qui m'a permis de constituer assez rapidement un réseau tentaculaire avec des rencontres déterminantes comme Dj Damage, Cut Killer ou Crazy B. En 1998, Cut Killer réalise « Double H », il m'intègre alors dans le projet. De là, je rencontre Fabe qui me demande d’être son DJ en extension de la Scred Connexion. Je rencontre aussi un gars qui s’appelle Svinkels puis Triptik. Et en 2002, nous avons créé Birdy Nam Nam avec Crazy B, Dj Need et Little Mike.

Après avoir écumé les compétitions, une grande aventure débute pour nous. On démarre à la Favela Chic et on finit à Coachella. On se produit aussi dans des Zénith et deux fois à l'Olympia. Parallèlement à ce parcours, j’ai continué à organiser des soirées. Puis, il y a quatre ans, j'ai également créé le groupe Sarh avec José Reis Fontao (chanteur et guitariste de Stuck In The Sound) avec qui j’ai sorti un album, qui a été un succès interplanétaire [il esquisse un sourire ironique].

Cela fait deux ans que j’ai quitté Birdy Nam Nam. Je me suis donc lancé dans une aventure seul. Je viens de sortir mon album et suis à nouveau revenu vers des groupes. Je suis actuellement DJ pour le duo d'Orelsan et Gringe: les Casseurs Flowters. Je retrouve donc actuellement le travail en solo même si je suis toujours entouré dans tout ce que je fais. J’ai toujours eu une vie parallèle. Birdy Nam Nam a été ce qui a le plus fonctionné pour moi. Au sein des autres groupes, j’essayais surtout de m’intégrer même si une part importante de mon travail sur scène était liée à la construction des lives. J’étais avec des personnes qui ont eu la gentillesse de me laisser m'exprimer librement sur scène. Même s'il y a eu un projet avec Ed Banger, c’est la première fois aujourd'hui que je sors un projet avec mon nom et mon visage dessus.

Qu'est ce-que cela fait de se lancer en solo et qui plus est en indépendant ?

Cela dépend. C’est agréable d’être au contrôle de son projet et de tous les paramètres. Mon disque dur mental est un petit peu surchargé, j’ai mis un Téra dans un 500 Gigas. Je suis donc un peu fatigué. Mais je suis assez content de vivre cette expérience, ce n'est pas quelque chose de mégalo ou de nombriliste. Je travaille avec beaucoup de monde mais je n'ai pas de compromis à faire avec qui que ce soit. C’est assez agréable. Après, quand il y a des erreurs, je vais être de mauvaise foi et chercher un coupable. C’est beaucoup de pression et lorsque tu sors ton disque, tu te dis « je vais souffler » et en fait non, ça repart de plus belle.


Es-tu satisfait des retombées médiatiques ?

Elles sont excellentes. Les retours sont super positifs. Je suis assez content puisque le message, que je voulais envoyer avec ce disque, est finalement bien passé. Les médias sont hyper généreux avec moi et ça me touche plus qu’autre chose parce que j’ai travaillé dur. Les ventes de disques, c’est une autre histoire. Je ne suis pas sur toutes les radios, je n'en suis même sur aucune.

Je suis très satisfait du projet et je suis heureux. Le côté introspectif et solaire de l’album fonctionne plutôt bien et le public est agréablement surpris.

Comment appréhendes-tu ta tournée live et la réaction du public ?

Après ma longue carrière, je pense qu'il s'agit d'une bonne carte pour moi. J'ai aussi conscience des limites. C’est pour cela que j’ai fait beaucoup de choses et je me rends compte que ce n'est pas simple de me définir musicalement. Effectivement quand j'étais dans des groupes comme Birdy Nam Nam, je n'étais pas seul. Ce n’était pas "moi". Je faisais partie du groupe mais musicalement ce n’était pas moi. Le public ne savait donc pas à quoi s’attendre que ce soit pour cet album ou pour le live. C’est pour ça que j’ai retiré "DJ" pour sortir de ce délire toujours scratch, technique, platine, bien que les platines soient toujours présentes. Il y a un batteur, une personne au clavier, c’est une vraie interprétation de l’album. Si tu as aimé l’album, le live devrait te plaire. Si c’est l’inverse, le live ne te plaira pas non plus. Enfin non, il y a une personne qui m’a écrit cela « j’ai trouvé ton album extrêmement mou et lourd je pense que je vais m'ennuyer mais je vais essayer de venir au live quand même ». Du coup, non je ne sais pas trop comment les gens vont prendre le live, il faut déjà qu’ils viennent!

Comment gères-tu les mésaventures comme celle-là sur les réseaux sociaux?

Je suis le seul à contrôler ce que je fais. Quand j'étais plus jeune, cela me marquait de manière extrêmement violente lorsqu'on m’insultait. J'ai aujourd'hui la chance qu’il n’y ait plus personne qui m’insulte. Ils sont libres de le faire et moi de les supprimer aussi. Je trouve que le délire de clasher s’est calmé maintenant.

DJ Pone

Essaies-tu de véhiculer une idée à travers ta musique ?

Je pense qu'il est plus facile de ne pas vouloir faire passer une idée quand tu écris. Moi, j’ai moitié moitié. Ce sont les chanteurs qui écrivent leur partie et bien sûr je vérifie les textes. Je suis assez réticent à ce qui est violent. J’ai toujours eu un côté un peu sombre quand je fais de la musique. Pour cet album, je voulais sortir de cela même s'il y a toujours un peu de mélancolie dans  tout ce que je crée. Je dirais qu'il s'agit plus d'une émotion qu’un message.

J'ai fait l'album dans un moment extrêmement difficile de ma vie. Je ne voulais pas faire de camaïeu, faire triste sur triste : "Je veux une pochette noire avec une tête de mort avec marqué je n’en peux plus." J’avais une vraie direction. Je voulais que mes répliques soient agressives et que les notes soient douces, je voulais cette dualité.

Tu es compositeur et producteur mais te sens-tu musicien ?

Non parce que je ne suis pas « Superpoze » qui compose des mélodies en deux heures. J’ai l’impression que si je ne joue pas d’un instrument, je ne suis pas musicien. Mais je fais de la musique donc je suis forcément musicien mais pas dans le sens classique du terme. S'il y a un piano chez un pote par exemple, je ne pourrais pas m’asseoir et jouer. Je ne suis pas le gars qui joue à Gare de l'Est. Je rêverais de pouvoir jouer d’un instrument mais bizarrement je n'ai jamais essayé.

On sait que le graff est ta deuxième passion, peux-tu nous en dire plus?

J’ai toujours adoré ça depuis que je suis jeune. J’ai toujours une démarche plus vandale qu'artistique et c'est un prétexte pour avoir une bande d'amis comme quand tu as 17 ans.


C’est quoi une journée type dans la peau de Pone ?

Ce matin je me suis levé, j’ai emmené ma fille à l’école. Puis, on a fait des photos tous les trois. Ensuite, j’ai passé une interview. Je vais essayer de me coucher enfin de me reposer mais je n'y arriverai pas. Je vais surement regarder « OZ » , je dois finir l’introduction de mon prochain live parce que j'ai décidé de changer d’introduction. Je dois appeler mes musiciens pour les prévenir que je modifie des éléments dans le show pour qu’ils se préparent. Je vais sortir un clip demain donc je vais envoyer des messages à tout le monde pour qu’on soit tous prêts pour tweeter au même moment. Je dois appeler mes amis pour cliquer à 18h aussi comme tout le monde. Ce n'est pas le goulag! L’album est sorti donc c’est un peu plus calme.

C’était surtout avant où il fallait préparer le live, valider certains éléments que c'était plus difficile. Tout passe par toi, tu t'énerves mais tout s’est bien goupillé. Les gros moments de stress sont plus liés au financement des clips, au matériel des lives et aux répétitions . Pour la promotion, il faut penser à la campagne d’affichage et à son coût etc... J’ai une superbe équipe qui m'aide énormément, c’est cool. Quand tu es indépendant, tu dois tout payer.  Quand tu n'as pas des gros leviers financiers, tu peux rester bloqué sur des broutilles.

Tu peux nous dire ce que tu écoutes en ce moment ?

Je me suis racheté Portishead sur mon portable, j’adore ce groupe. J'aime bien aussi la bande originale de la série « Stranger Things ». J'ai aussi acheté un vieux stock d'Edith Piaf pour ma fille qui est trop old school: Balavoine, Renaud et La Femme, c’est une pointure en musique.

J’écoute de tout. J’essaie d’écouter des musiques plus détendues, j’écoute par curiosité ce qu’il se fait dans mon univers mais je ne suis pas trop à la page. Je suis plutôt sur ce qui est ancien, j’aime bien écouter des vieux sons.

Que représente Paris pour toi ?

C’est la ville où je vis, où est né mon enfant. C’est beaucoup d'extraordinaires souvenirs et des difficiles également. Je ne sais pas si j’y finirais mes jours mais ce n’est pas mal quand même.

Et pour finir un lieu que tu conseilles pour dîner et boire ?

"La Mascotte" pour les fruits de mer et "Le Petit Matieu" , c’est très bien pour manger c’est magnifique. Pour l'apéro, "Les Deux Chauves".

Propos recueillis par Louisa Marteau-Rehaz

Photos pour Les P'tits Parisiens : Alix Peyrot

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