Caroline Drogo : "J’aime bien me voir comme une éponge qui s’imprègne de tout"

Caroline Drogo : "J’aime bien me voir comme une éponge qui s’imprègne de tout"

Illustratrice, artiste, graphiste : Caroline Drogo est une slasheuse confirmée. Après des études pour devenir directrice artistique et quelques mois de dur labeur au sein d'une agence, elle quitte ce monde pour être à son compte. Sûrement le meilleur choix pour une passionnée qui ne respire qu'en dessinant. Depuis son atelier, basé dans son appartement parisien, elle aligne les dessins et se raconte à nous. Rencontre explosive. 

Caroline, qui es-tu ? 

Je suis artiste peintre, illustratrice et graphiste. Mon travail est de créer des images, un univers. L’esthétique de mes illustrations et de mes peintures est assez dense, florale et très colorée.

Tu peux nous en dire plus sur ton parcours? 

J’ai fait mes études à l’EPSAA pour être directrice artistique dans la publicité mais après le diplôme et quelques mois de travail en agence, je me suis vite rendue compte que ça ne le ferait pas. Le dessin et le côté manuel me manquaient trop et je ne suis pas très hiérarchie... Après l’avantage d’avoir eu cette expérience est que je sais que je peux travailler sur plusieurs dossiers à la fois ! Aujourd’hui je suis contente d’avoir des projets très variés, du logo à l’affiche de théâtre ou des commandes de portraits, c’est parfait pour moi qui n’aime pas la routine !

Comment est née cette passion de dessiner ?

Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours eu cette envie de dessiner et de créer. Ma mère peint en amateur, du coup, j’ai eu à disposition du matériel depuis que je suis toute petite. J’ai vraiment la chance d’avoir des parents qui m’encouragent, encore aujourd’hui, dans cette carrière. De toute façon, ils n’auraient pas aimé que je sois avocate ou médecin !

© Martin Lagardère pour Les P'tits Parisiens
© Martin Lagardère pour Les P'tits Parisiens

 

On aimerait bien connaître la journée type d'une illustratrice. 

La journée ne commence pas avant 9h30/10h, mais pour être honnête c’est plutôt dix heures ! Le premier réflexe c’est de prendre le portable pour voir si il y a des mails à gérer en urgence et faire un petit tour sur Instagram. Si je n’ai pas de projet en graphisme ou en illustration, je vais m’installer derrière mon chevalet avec un grand mug de thé, et je travaille au moins deux/trois heures. En général de 13h à 16h je n’arrive pas à bien travailler, du coup j’en profite pour faire des expositions avec des amis, gérer le quotidien, sortir un peu et je me remets à travailler de 17h jusqu’à 1h ou 2h du matin selon la motivation. Mon atelier est chez moi, ce qui pour moi est un grand avantage et une liberté mais pour ceux qui n’aiment pas la solitude, je déconseille !

Tes dessins sont hyper fleuris, c'est voulu ?

Je n'ai pas d’explication très précise pour les fleurs ! Dès que je prends un crayon ou un pinceau c’est souvent des fleurs et des plantes qui surgissent. Je crois que ce qui m’attire dans la jungle, c’est le côté sauvage et mystérieux. À notre époque où tout est sous contrôle, tout est connecté, c’est assez exotique d’être dans un endroit sans 4G. Ou autre explication possible, on dit souvent qu’en art on ne parle que de ses obsessions, j’avoue, je n’ai pas spécialement la main verte et je rêve d’avoir une serre tropicale.

Qu’est ce qui t’inspire ?

En artiste, celui qui m’a le plus influencée c’est Jean Cocteau. C’est un touche-à-tout qui a, tout au long de sa vie, varié les techniques pour transmettre son univers. Pour l’inspiration esthétique, je me suis rendue compte il y a quelques mois à quel point mes origines siciliennes ont influencées mon travail, l’art artisanal sicilien est très coloré avec une saturation de détails. Mais de façon assez générale c’est l’expérience, le quotidien, les rencontres. J’aime bien me voir comme une éponge qui s’imprègne de tout. Et pour les jours où j’ai l’impression de tourner en rond, je me balade dans Paris et j’enchaîne les expositions avec mon carnet de croquis. Pour que ça soit efficace, il faut que je fasse le Musée du Quai Branly, le Louvre et des galeries d’art contemporain.

Quels sont les travaux dont tu es la plus fière aujourd’hui ?

Pour la partie graphisme, sans hésitation c’est la création de l’identité visuelle du lieu La Nouvelle Seine, que mon amie Jessie Varin a ouvert il y a 5 ans. Je me rappelle de l’époque où ce n’était qu’un projet et des rendez-vous travail / apéro en terrasse avec les ordinateurs.

Et pour la peinture, on me pose souvent la question et à chaque fois, je donne une réponse différente. Aujourd’hui ma peinture préférée c’est la dernière que j’ai faite, un autoportrait  que j’ai réalisée deux jours après une rupture. Je ne me suis jamais autant révélée sur une toile. Sur la précédente série, il y avait peu d’expressions sur les visages.  « Grâce » à la rupture, j’ai eu un trop plein d’émotions qui m’a donné un nouvel axe de travail et des nouvelles idées de portrait. Est-ce qu’on peut rajouter dans la présentation que je suis quelqu’un d’optimiste ?

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As-tu quelques projets en cours ?

Je travaille sur mon exposition au bar One More tout le mois de septembre, le vernissage aura lieu le 30 août. Et c'est en train de se faire, je vais rentrer dans le collectif Les Nanas d'Paname.

Tu vis aujourd'hui de ta passion et on aimerait savoir quel serait le conseil que tu donnerais à ceux qui aimeraient faire comme toi ?

Je crois que le meilleur conseil que j’ai eu c’est de ne jamais lâcher. De toujours croire en son potentiel et de ne pas désespérer au premier échec. C’est un vrai choix de vie, pour vivre de sa passion, il faut vraiment être motivé et ne pas avoir peur d’accepter des jobs plus alimentaires pour joindre les deux bouts au début ! Vivre de sa passion, c’est un travail quotidien, sans filet de sécurité, c’est vrai. Mais petit à petit, le réseau se développe et les contrats s’enchaînent à force de travail. Et c’est sans doute un peu mielleux de dire ça mais il vaut mieux tenter sa chance que de se lever tous les matins pour un emploi que l’on déteste, non ?

© Martin Lagardère pour Les P'tits Parisiens
© Martin Lagardère pour Les P'tits Parisiens

Que représente Paris pour toi ?

Paris c’était d’abord un rêve, je viens de Grenoble, où si tu n’es pas très sportif ou ingénieur c’est un peu compliqué pour toi... Ça fait dix ans maintenant que je suis Parisienne et pour l’instant je ne m’imagine pas vivre ailleurs. J’ai besoin de l’énergie de la ville pour créer. Après comme beaucoup de gens qui vivent à Paris, j’aime bien me plaindre de temps en temps du prix des loyers et du coût de la vie... Mais ça restera pour toujours ma ville de cœur.

Un lieu où tu aimes dîner ou boire un verre quand tu n'es pas en pleine séance de travail ? 

Pour boire un verre, je vais souvent Chez Justine ou Les Niçois, c’est dans mon quartier et c’est parfait pour l’apéro entre amis. Et pour manger, le restaurant végétarien Soya à Parmentier. Ça fait 14 ans que je suis végétarienne, alors pouvoir bruncher à volonté sans regarder la composition des plats c’est juste le rêve !

Propos recueillis par Louisa Marteau-Rehaz

Photos : Martin Lagardère

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