Anaïs Volpé :  "Je veux montrer ces gens qui ont le désir de réaliser des projets pour s'épanouir à fond"

Anaïs Volpé : "Je veux montrer ces gens qui ont le désir de réaliser des projets pour s'épanouir à fond"

Anaïs Volpé explose les codes. Décidée et fonceuse, cette jeune réalisatrice n'a pas hésité à faire vivre ses projets. Sur son premier long-métrage, Heis, elle alterne même les casquettes passant ainsi de scénariste à comédienne en un tour de main. Une chose est sûre, cela lui réussit. Les P'tits Parisiens en sont persuadés : Anaïs a réalisé là un film poignant qui pourrait être le porte-parole d'une génération perdue entre rêves et réalité. Nous l'avons rencontrée et c'est le cœur rempli des siens qu'elle s'est confiée. Rencontre.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Anais Volpe, 28 ans , née à Toulouse. Je vis à Paris depuis que j'ai 17 ans. Je suis arrivée en 2006 et je ne connaissais personne... C'était après mon bac. À l'époque, je voulais me lancer dans le théâtre en tant que comédienne. J'ai commencé des études de théâtre que j'ai arrêté assez rapidement car j'avais des jobs alimentaires que je ne pouvais pas lâcher.

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Pendant cette période, j'ai eu l'occasion de pouvoir jouer dans des projets de théâtre et au bout de six ans dans ce milieu, j'ai appris le montage sur des tutos YouTube. j'ai commencé par réaliser des mini-films pour m'exercer. Et en 2012-2013, j'ai réalisé mon premier court-métrage de vingt minutes, Blast, qui a gagné un prix dans un festival international entre la France et la Chine. Cela m'a permis fin 2013 d'être invitée en Chine, à l'ambassade de France pour présenter ce court-métrage. Une fois sur place, l'Institut français m'a accordé une bourse pour préparer mon second projet. Je suis restée six semaines à Pékin au lieu des dix jours initialement prévus. J'ai donc commencé fin 2013 à réaliser mon second projet Heis : c'est une série de cinq épisodes de onze minutes chacun, un long-métrage et une installation artistique. Ce projet a vu le jour en 2015.

Justement, peux-tu nous parler de Heis qui est un film parlant de famille mais aussi de cette envie de vivre de ses projets ? 

Oui c'est cela. C'est l'histoire d'un frère et d'une sœur jumeaux, nés le jour de la chute du mur de Berlin. Ils vivent dans une famille monoparentale, avec leur mère. En quête de réussir sa vie, Pia, la sœur, âgée de 25 ans, désespérée après une accumulation de difficultés doit retourner vivre dans sa famille. Son objectif est de revenir pour mieux repartir. Son frère jumeau, Sam, qui vit toujours chez leur mère, n’appréhende pas la vie sous le même angle et ne tolère pas la vision de sa sœur. Qui a tort ? qui a raison ? Le droit de partir ou le devoir de rester ? Entre amour et colère, émancipation et culpabilité, Heis est une histoire de sang, de vide et de trop plein: une histoire de famille.

Tu as obtenu de nombreux prix !

Effectivement. La partie long métrage de ce projet est sorti le 5 avril 2017 après avoir tourné pendant un an en festival. En juin 2016, la vie du film a commencé au Los Angeles Film Festival où il a gagné le prix du jury en compétition internationale. Il a été sélectionné au Festival International du Film Indépendant de Bordeaux en octobre 2016 où il a remporté le prix du jury contrebande. Il a ensuite été sélectionné hors compétition et sélectionné au Festival officiel de Rotterdam. Finalement, il est sorti quelques mois plus tard dans les salles de cinéma.

Comment est née l'idée de ce film ?

L'idée de faire ce film m'est donc venue en Chine. C'est une époque de ma vie où j'avais totalement décidé d'arrêter l'art. J'avais trouvé un emploi à temps plein dans une brasserie à Paris en tant qu'hôtesse d'accueil. Mais le hasard a fait que j'ai gagné ce prix avec mon court-métrage Blast et, comme je l'ai évoqué plus tôt, on m'a proposé sur place de l'aide pour un nouveau projet. J'ai pris cela comme un signe et à la fois, c'était un coup de poker : soit ça passait, soit ça cassait. J'ai eu le besoin viscéral de raconter au travers d'une fiction ce qui m'avait donné de l'espoir et ce qui m'avait fait trimer depuis que je suis arrivée sur Paris. En plus, lorsque j'étais en Chine, j'avais l'impression de vivre pendant les Trente Glorieuses car tout était facile, fluide. Trouver un logement, du travail, rencontrer des gens, monter les échelons: tout était plus simple à tous les niveaux de vie. J'ai donc eu d'autant plus envie de parler de ma galère. Cela est mis en scène car je n'aurais pas pu raconter ma vie personnelle en détails.

Quelle idée souhaitais-tu véhiculer par le biais de ce film ?

Pour être tout a fait honnête, je crois qu'à l'instant où j'ai écrit tout cela je n'ai pas pensé à véhiculer une idée particulière. J'avais surtout besoin d'exprimer des choses. J'ai montré l'écriture, puis le montage à des gens autour de moi et ça leur a parlé. Tous ces gens venaient de milieux divers, avaient des vies différentes et pourtant ça avait l'air de les toucher, ce qui m'a donné de la force pour continuer. Je me suis rendue compte que c'était un sujet universel. En fin de compte, j'ai voulu montrer de l'espoir, je voulais montrer ces gens qui ont le désir de réaliser des projets pour s'épanouir à fond et qui, malgré toutes les difficultés de la vie, les conseils de ne pas prendre le risque, ou les bâtons dans les roues que la société nous met, ces personnes le font quand même. Je montre la réalité, la dureté du sacrifice. Mais je tenais à montrer que tout est possible quand on y croit.

© Martin Lagardère pour Les P'tits Parisiens
© Martin Lagardère pour Les P'tits Parisiens

Tu multiplies tes casquettes ? Est-ce que c'était une envie profonde ou bien t'es-tu sentie obligée d'écrire pour pouvoir avoir un rôle finalement ? 

Ce n'est pas du tout un film que j'ai fait dans le but de jouer. Je ne pensais pas à jouer dedans, je l'ai écrit pour des comédiens que je connaissais dans la vie et qui m'inspiraient. Mais, si je me suis attribuée autant de tâches sur ce film, c'était surtout parce que je ne voulais pas faire travailler des gens que je ne pouvais pas rémunéré, car je n'avais aucun budget au final. C'est un sujet qui me brûlait tellement et qui était très important pour moi alors finalement enchaîner les casquettes et toucher à tout, c'était très plaisant. Je suis fan du montage, c'est une vraie passion. D'ailleurs, c'est le montage qui m'a amené à l'envie de réaliser. Et j'ai joué dedans car je me sentais à l'aise avec l'équipe. Je me suis dit que cela serait plus simple. C'est un projet que j'ai pensé en tant que réalisatrice.

Te considères-tu plus comme comédienne ou comme réalisatrice ?

C'est compliqué de répondre à cette question car j'ai fait seulement un long métrage et des courts métrages mais il me semble qu'il me manque sûrement quelques années de pratique et de création pour savoir ce que je suis réellement. Mais je crois que si on me demande ce que je fais dans la vie, instinctivement je réponds réalisatrice. Les trois fonctions sont des passions pour moi. J'adore écrire ce que je voudrais réaliser. Pour l'instant, je ne me vois pas écrire un scénario pour un réalisateur et je n'imagine pas réaliser le scénario de quelqu'un d'autre. Quand je crée un film, je le fais pour me réconcilier avec des choses de ma vie, et je parle de choses très personnelles, je les mets en fiction et j'universalise le propos pour que ça puisse parler au plus grand nombre. J'adore aussi jouer, et si jamais un jour, on me propose un super rôle qui défend vraiment quelque chose et que le projet est exigeant, je le ferais avec plaisir. Je n'aurais aucun mal à n'être que comédienne. Le principal est que je puisse dire des choses.

On le disait, tu as alterné les tâches sur ce film: tu as écrit, joué et réalisé. Comment gère-t-on un film toute seule ?

Au début j'ai été seule oui, dans l'écriture et dans la réalisation c'est-à-dire dans le fait de penser comment j'allais mettre en scène. Souvent les gens pensent, que c'est un documentaire avec une vraie famille. Mais, il y a eu un vrai travail en amont de mise en scène y compris le montage. J'ai voulu que les comédiens révisent leurs textes aussi car il n'y avait aucune part à l'improvisation dans le film. Ou alors très très peu. Ensuite, il y a eu de plus en plus de monde dans l'histoire de ce projet. Alexandre m'a rejoint dans le cadrage par exemple. J'ai, d'ailleurs, aussi travaillé avec lui sur la post-production. Il m'a énormément épaulée sur ce qui était de gérer le mix son, l'étalonnage. Emilia avait aussi un regard, elle me conseillait, me recadrait, me disait de retravailler des choses quand elles n’étaient pas abouties.  Il y a eu beaucoup d'avis qui ont compté sur ce projet même si ça part de mon idée. L'esprit d'équipe a été très bienveillant.

Comment es-tu parvenue à distribuer ton film sans aide ?

Pour la distribution, c'est grâce à Emilia qui a créé sa boite de distribution Territoire(s) et c'est elle qui a distribué le film toute seule. Elle ne souhaitait pas le laisser dans un tiroir. Je tente de l'aider comme je peux. Et on va souvent présenter le film toutes les deux ou avec l'équipe dans différentes villes.

Tu as pu trouver des financements pour justement aider à le faire vivre ?

Nous n'avons eu aucune aide. En revanche, on a eu un business angel, Louise Cosserat de chez WebSpider Productions, qui nous a fait un don pour qu'on puisse sortir le film. Cela nous a permis de payer des petites dépenses comme faire des affiches en grand format, faire des copies pour les différents cinémas dans lequel le film sort, gérer les frais de déplacements. Cela nous a beaucoup aidé pour qu'on sorte le film en totale indépendance.

Comment as-tu monté ton équipe sur ce projet ?

Les comédiens sont des personnes que j'ai rencontrées à différents moments de ma vie, avec qui j'ai accroché artistiquement et humainement. Par exemple, que ce soit pour Emilia Derou-Bernal dans le rôle de Malik, Matthieu Longatte qui joue mon frère, Akéla Sari ou Alexandre Dessane, ça me semblait totalement évident. Et tous les autres rôles, ce sont des amis dans la vie ou des comédiens que j'avais rencontrés et qui m'avaient touchée pour différentes raisons. Dès qu'il y avait de la place pour un petit rôle je pensais à eux, j'avais envie de les avoir en clin d’œil dans le film. Concernant l'équipe technique, pour moi c'était un gros plaisir de reprendre Elie Mittelmann au son car j'ai travaillé avec lui durant plusieurs années. Il fallait que je retravaille absolument avec lui. Pour le mix son, on a fait appel à Steven Ghouti de chez Yellow Cab Studios qui a fait un travail magique en mixant le film en deux jours et demi ! Je pense aussi au groupe de musique Chkrrr qui nous a gracieusement donné des sons, ils ont vraiment apporté une autre dimension au film. Quand j'étais en montage et que j'étais bercée par leur création, cela m'a énomément inspirée. Il y aussi Luis Fabregas qui a participé en m'offrant une musique. Clémence Huyghe a fait l'affiche du film, c'est une amie d'enfance, on a grandi ensemble depuis le collège. On s'est retrouvées quelques années après sur Paris. C'était important pour nous que ce soit elle qui fasse l'affiche de mon premier film. Mon équipe est composée de personnes qui se sont ajoutées après le projet comme Aurélia Loncan notre super attachée de presse.

© Martin Lagardère pour Les P'tits Parisiens
© Martin Lagardère pour Les P'tits Parisiens

Aurais-tu un conseil à donner aux personnes qui, comme toi, aimeraient lancer leur projet ?

Je me sens encore assez jeune et j'ai aussi besoin de conseils. Maintenant si j'en avais un à donner à quelqu'un qui veut réaliser son rêve, je lui dirais qu'il faut se lancer et qu'il faut que ce soit conduit par une envie viscérale. La route est longue et il y a beaucoup de difficultés, il ne faut pas se leurrer, donc psychologiquement il faut tenir grâce à une envie, une excitation. Je crois qu'il faut même avoir un peu de naïveté en soi pour se dire que c'est ça et rien d'autre et être absolument émerveillé par son rêve. Il faut se donner les moyens et travailler car c'est beaucoup de travail.

Tu as des projets en cours?

Oui, j'ai des nouveaux projets et grâce à Heis, j'ai des portes qui se sont ouvertes. Je suis contente d'avoir un producteur qui m'accompagne sur mon prochain projet de film, je suis d'ailleurs sur l'écriture du scénario. J'espère même pourvoir tourner incessamment sous peu.

Que représente Paris pour toi?

Paris est ma ville d'adoption. Je suis arrivée à 17 ans, je ne connaissais personne.  J'ai eu mon premier appartement dans une résidence étudiante. J'y ai connu les personnes avec qui j'allais devenir adulte. C'est à Paris que j'ai appris, que je me suis épanouie dans le domaine artistique, que j'ai vécu beaucoup de choses dans le bon et le moins bon. Je suis presque Parisienne maintenant. Il est vrai que parfois j'ai besoin de sortir de cette ville car c'est blindé de monde partout mais j'adore cette ville !

Tu nous conseilles un lieu pour dîner ? Pour boire un verre ?

Pour déjeuner ou dîner j'aime beaucoup Season. Pour boire un verre, je vais conseiller le bar juste à côté du cinéma Le Luminor à l'Hôtel de Ville. On y entame notre dixième séance et souvent avec l'équipe on accompagne les séances et on parle avec les spectateurs dans cet endroit, autour d'un verre.

Propos recueillis par Louisa Marteau-Rehaz

Photos : Martin Lagardère

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