Distrito Francés: « Notre but est d’ouvrir les gens culturellement et de créer des rapports entre eux »

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Les tacos c’est bon mais chez Distrito Francés, c’est encore meilleur. Bienvenue dans l’antre de la soul food mexicaine. À deux pas du quartier de Château d’Eau, nous avons rencontré Davy Ngy fondateur de cet établissement qui a le partage pour philosophie. D’Épinay-sur-Seine à la City, voici l’itinéraire d’un trader passé de Goldman Sachs à une taqueria rue Faubourg Saint-Martin.

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© Aboubakar Simakan pour Les P’tits Parisiens

Le parcours de Davy est plus qu’atypique mais rien n’est arrivé par hasard pour ce crack des mathématiques. Si certains lâchent tout pour se lancer sur un coup de tête dans une nouvelle aventure, ce n’était pas le cas pour ce futur restaurateur : « À 17 ans j’ai fait mon plan : Master HEC puis je deviens trader. Je fais de l’argent et dès que j’en ai assez, j’arrête et j’ouvre ma boîte. C’est un peu comme quand tu fais un marathon, l’objectif c’est la ligne d’arrivée et la ligne c’était de monter mon affaire. » Un plan rondement mené pour cet enfant de Seine-Saint-Denis pour qui réussir dans les études a été un leitmotiv depuis le départ. « Mes parents ont fui le génocide cambodgien, on est arrivé ici on n’avait rien et ils m’ont toujours poussé à aller loin dans les études », nous explique-t-il.

Davy réussit son pari après un master en Finance Internationale à HEC. Il devient comme prévu trader et s’envole pour Londres chez Goldman Sachs. Si tous les feux sont au vert, la routine et le confort du métier commence à se faire sentir « J’avais un tailleur. Je m’achetais des jeans Alexander Mc Queen et je les faisais recouper. Je me suis dit que ça ne pouvait plus durer. »

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© Aboubakar Simakan pour Les P’tits Parisiens

L’idée n’était pas vraiment encore définie, mais d’ores et déjà, c’est la gastronomie qui prend le pas sur les autres passions de Davy. De par son enfance surtout où la cuisine fut omniprésente. « C’est cliché mais en tant qu’asiatique, tu vis dans la nourriture constamment, c’est sacré ! », nous dit-il le sourire aux lèvres. Ses voyages à travers le monde y ont également contribué et donc évoluer dans la gastronomie fut une évidence. « Ce que j’avais en tête à ce moment-là n’existait pas. J’avais besoin de voyager et j’ai pu découvrir le Mexique et toute sa richesse culturelle. » Ce sera une taqueria, avec la volonté de se rendre crédible très vite. « On ne voulait pas que cela soit une farce, un pastiche de la cuisine mexicaine ». Être authentique tout en se démarquant, tel est l’enjeu pour Davy et son associé Florian Matarin avec qui il donne naissance au Distrito Francés.

« On est allé directement chercher les recettes traditionnelles et on s’est amusé ensuite avec les ingrédients ». Souci de qualité oblige et par respect des traditions, ils ne travaillent qu’avec des produits frais. Pour le reste, la devise « liberté créative » prend le dessus. Il nous confie : « c’était important pour nous d’amener notre touche et notre singularité aux recettes, par exemple le tacos au porc avec le tamarin ça vient des petits bonbons qu’on mangeait là-bas et je me disais toujours : faut qu’on mette ce gout dans un tacos, c’est celui qui polarise le plus ».

Si l’originalité et la qualité sont au rendez-vous, les débuts sont rudes pour nos deux compères. « Tout le monde était sceptique quand on a ouvert. » Il s’agissait de la découverte d’un univers et d’un métier totalement nouveau. « J’allais dans les restaurants qui nous plaisaient et j’échangeais avec les restaurateurs sur les bonnes pratiques, on se nourrit énormément des expériences de chacun. » Puis à force de travail et de persévérance tout s’enchaîne « On a eu un article dans « Merci Alfred » et c’est devenu la folie il y avait des gens partout, puis, ça a continué comme ça et on a encore eu de la bonne presse ».

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© Aboubakar Simakan pour Les P’tits Parisiens

Si un point d‘honneur est mis sur la qualité des produits et des recettes, le but premier pour nos restaurateurs, c’est d’avoir un lieu où les gens se sentent vraiment bien. « Servir une bonne bouffe, ouvrir les gens culturellement et créer des rapports entre eux. C’est notre but » et cela passe également par la musique. Si vous vous attendiez à entendre des chants traditionnel mexicains, passez votre chemin de suite : « La musique est super importante, ici on voulait une identité à notre image. Moi, un soir si j’ai besoin de me reposer,  je vais mettre du Sade un autre, ce sera Oxmo. Si la cuisine veut écouter Beyoncé, ce sera Beyoncé. C’est vraiment un lieu de vie et de partage, pour travailler ici, il faut que tu sois capable d’écouter dans la même soirée, Whitney Houston, Damso, Tribe Called Quest ou Fela Kuti.»

Vous l’aurez compris, le partage est le maître mot du Distrito Francés et ça va plus loin qu’un simple adage, ils participent notamment à des actions solidaires et tiennent à aider la communauté. Comme avec l’association Ernest, pour qui ils ont ajouté 30 centimes à chaque addition du soir avec d’autres restaurants, pour financer des paniers repas à des seniors en situation précaire à Paris. « Ici on est blasés de la misère, on en a marre, mais les gens qui sont dedans, ils n’en ont pas marre. On a la chance d’avoir 3 repas par jour et si on a la capacité de les aider, il faut le faire. C’est important surtout en ce moment ».

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© Aboubakar Simakan pour Les P’tits Parisiens

Le Distrito Francés est un vrai lieu de soul food mexicaine et devrait même avoir des petits frères prochainement. « On aimerait ouvrir d’autres concepts de restaurants, sur le thème de la cuisine mexicaine, mais on voudrait proposer autre chose que des tacos. Vraiment des concepts différents, on n’est pas là pour faire des clones, on veut des endroits uniques ».

Une chose est sûre, ce voyage se fera dans la capitale faite d’ombre et de lumière, Paris reste Paris / « Cette ville est à l’image du Louvre. Elle est aussi extraordinaire, comme la salle des grands tableaux, qu’elle n’est décevante, comme la Joconde exposée au fond de la salle. Quelques 1000 personnes devant elle et ça dénature tout. À l’inverse, il y a le Sacre de Napoléon et juste derrière, le Radeau de La Méduse. Symbole du paradoxe de Paris, c’est de passer par trois moods : déçu, surpris et continuellement étonné. » Voilà pour Davy ce que représente Paris.

Ce grand terrain de jeu qu’est Paris, reste gorgé de surprises et de bonnes adresses. Petite revue d’effectif avec notre Mexicain d’adoption : « le Siseng avec le burger 5 épices, ça m’a rappelé mon enfance en bermuda à manger à la maison en même temps qu’être aux États-Unis. C’est un mélange dingue. Il y aussi Buvette à Pigalle, le propriétaire a fait Normale Sup, c’est une des personnes les plus intelligentes que je connaisse et il est même dans Le Fooding depuis son ouverture, c’est juste top. Après, pour son côté traditionnel, le New Thaï San c’est un bouiboui dans le 18ème qui est là depuis 25 ans, on y va depuis toujours avec mes parents : le lok lak est fantastique. Pour boire, Copperbay. Là-bas ils ont une démarche quasiment artistique du cocktail : clivant mais il se passe quelque chose. »

[box]Distrito Francés
10 rue Faubourg Saint-Martin
75010 Paris
Ouvert du mardi au dimanche (uniquement le soir) de 12h30 à 15h et de 19h à 23h30
Contact: 07 88 05 22 39[/box]

Propos recueillis par Marvin Jouglineu pour Les P’tits Parisiens
Photographies d’Aboubacar Simakan 

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