StudionumeroTrois: Au coeur d’un atelier de jeunes artistes

StudionumeroTrois: Au coeur d’un atelier de jeunes artistes

Les débuts de carrière artistique sont toujours assez hésitants et difficiles.  Il devient complexe pour beaucoup de talents de suivre leur passion et de monter des projets autour de l’art. Heureusement, les initiatives ne manquent pas dans la capitale. La jeune création parisienne n’a en effet pas dit son dernier mot. Afin d’illustrer ce bouillonnement créatif, les P’tits Parisiens se sont rendus à Aubervilliers dans un atelier ouvert il y a un an. Nous y avons rencontré Agatha et Charlotte du StudionuméroTrois.

C’est à Aubervilliers dans une rue faisant face à Pantin qu’Agatha, 25 ans, et Charlotte, 24 ans, ont décidé de s’installer pour leur projet artistique. Elles ont pour cela formé le duo StudionuméroTrois. Agatha est assistante caméra et Charlotte, accessoiriste en effets spéciaux. Toutes les deux nous viennent de Chartres et se sont rencontrées dix ans auparavant au lycée où elles faisaient du théâtre ensemble. Agatha a étudié à l’École des beaux-arts de Cambridge en Angleterre en option cinéma afin de se spécialiser en image. En France, elle enchaîne les stages en tant qu’assistante vidéo. Charlotte a débuté ses études en stylisme et modélisation de chaussures. Elle rencontre durant son cursus la grande costumière Dominique Borg avec qui elle travaille en stage pour le spectacle Dracula de Kamel Ouali. Elle nous raconte même qu’elle a fabriqué des chaussures pour les chanteurs de l’Opéra de Bastille. Après ces stages, elle a cherché à travailler dans le milieu du spectacle, elle a construit quelques décors. Puis, elle s’est tournée vers une formation d’accessoiristes et réalise des effets spéciaux à l’Atelier 69 de Montreuil.

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Agatha et Charlotte se sont donc retrouvées avec leurs compétences assez diverses autour de ce projet qui en est aujourd’hui à ses débuts. Le StudionuméroTrois rassemble ces deux plasticiennes dont le travail tourne autour de la photographie et de la vidéo mais aussi autour des installations et décors qui sont mis en place. Elles nous présentent un projet, qui a été présenté début février durant une soirée à l’atelier. Il s’agit d’une œuvre vidéo autour de la religion et ses détournements qui arrive tel un virus dans l’atelier et qui se propage. L’œuvre ne se cantonne pas à la vidéo, des installations sonores et lumineuses créent une atmosphère particulière. Toutes les œuvres sont réalisées en duo, même si les idées ne sont pas forcément construites ensemble, nous avouent-elles. Elles réussissent avec brio à mettre en relation leurs savoir-faire dans ce projet. Agatha apporte son expertise dans la réalisation vidéo et photo alors que Charlotte sera plus attentive aux décors, aux accessoires et à la fabrication d’objets.

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Les œuvres ont des thématiques spécifiques. Les deux jeunes artistes s’interrogent sur le corps, le soi et la personnalité. Elles souhaitent s’intéresser à la vision du corps vis-à-vis de soi et des autres. Sommes-nous tous des personnages ? Dans leurs travaux, Agatha et Charlotte vont se questionner sur le masque, elles partent du principe qu’il y a entre les individus des murs invisibles, des faux-paraître : « Il existe un fossé entre ce qu’on est nous et ce qu’on veut faire transparaitre à l’autre personne. »

Sans utiliser de masque dans leurs œuvres, elles vont déformer leurs modèles à travers des filtres, des décors, des ambiances et des positions. En plus du corps, l’aspect religieux, en particulier les icônes, est un thème qui fascine le duo. « Ce côté kitch peut parfois être beau et émaner quelque chose de bizarre, d’improbable et de joli ». Le côté kitch des icônes fait même l’objet d’un projet où Agatha a été transformée en icône religieuse. L’objectif de ce projet réside dans la volonté d’illustrer la transformation d’une simple inconnue au rang de divinité. Agatha et Charlotte sont aussi actrices dans leurs projets, elles s’amusent et vivent leurs œuvres pleinement. Faire partie de l’œuvre et en même temps, travailler cette même œuvre, voici donc une belle mise en abîme.

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Le StudionuméroTrois est né il y a un an. Les deux jeunes filles énergiques et passionnées décident d’unir leur force pour créer, façonner et construire. Leur projet était clair et abouti, leur réflexion artistique était bien peaufinée et leur envie de créer était très forte. C’est en répondant à une annonce sur le site de la Maison des Artistes que le duo s’est retrouvé dans ce gigantesque local à Aubervilliers avec une vingtaine d’autres artistes et artisans parmi lesquels Evan Roth, BAROK, Coralie Jauvin, Gloria Tapia ou encore Capucine Mattiussi.

Réaménagé pour accueillir différents lots, le hangar, d’une superficie de 500 m², a ainsi été divisé entre les membres de l’atelier. Il s’agissait auparavant d’anciennes usines de textiles qui ont arrêté toute activité depuis des décennies. « On est 27 dans cet atelier. On a chacun notre lot et on fait des choses différentes » nous explique Charlotte. « Différentes» c’est le cas de le dire. L’atelier accueille des activités de tout genre : des artistes, des plasticiens, des photographes, des musiciens, mais il y a aussi des artisans, des personnes qui travaillent la céramique par exemple. Il y a même un atelier de restauration de motos et de vélos et un autre de réparation de voiles de quid surf. L’atelier est donc éclectique et tout fonctionne très bien.

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Installation pour l’œuvre « Santa »

 

La diversité des 27 membres de l’atelier les a, malgré tout, unis et ils ont formé une association nommée OPAZ. La vie associative se crée petit-à-petit. L’atelier accueille depuis janvier tous les premiers week-ends du mois une soirée. En avril, nous serons à la quatrième édition de la soirée EPIC. D’autres manifestations sont à prévoir nous préviennent Charlotte et Agatha. Elles aimeraient beaucoup se rapprocher de la Mairie d’Aubervilliers et surtout des Labos d’Aubervilliers, qui se situent non loin de l’atelier, afin de créer des collaborations. L’avenir promet de beaux jours pour le StudionuméroTrois. Les filles commencent déjà à démarcher des galeries et des curateurs pour exposer leurs œuvres. Elles auraient même la possibilité d’exposer à Lyon ! Elles parlent également de la création d’un collectif avec les artistes de l’atelier. Enfin, Agatha nous informe aussi que le duo s’attèle désormais sur un grand projet vidéo qui demande davantage de temps et de moyens.

Parisiennes aujourd’hui, que représente notre belle cité pour elles ? « Mouvement », « Fourmilière ». Elles ne se voient nulle part ailleurs qu’ici, dans la capitale. « C’est une ville avec plein de rencontres, d’occasions. C’est une petite capitale avec beaucoup de possibilités ». Pour les sorties, Agatha nous conseille le Ventre de l’Architecte dans le 19ème arrondissement, un lieu très cosy et sympa pour boire du bon rhum. Charlotte nous parle d’Irène et Bernard où elle a l’habitude de prendre un café, de manger et de boire avec ses amis.

Retrouvez le StudionumeroTrois sur Facebook !
Prochaine soirée dans l’atelier: EPIC 4, le 1er avril 2017

Propos recueillis et photographies par Toufik El Madiouni

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