Aboubacar Simakan : le délire d’un photographe de rue.

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Paris 13ème – C’est sous un soleil printanier que je rejoins Abou. Le rendez-vous est pris au Café Curieux. L’endroit est truffé de ses photos au mur. Il y a quelques temps, il a décidé de montrer ceux qu’on ne voit plus: les sans-abris. Équipé de son appareil, il vogue d’une rue à l’autre pour mettre en lumière les personnes démunies. En attendant de terminer son énorme projet, Abou nous ouvre les portes de son bureau et se confie aux P’tits Parisiens pour un entretien vérité.

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Sur les réseaux il se fait appeler « Abou Mondélire », « parce que c’est mon délire ! » nous lance ce jeune photographe. Aboubacar Simakan, 26 ans est né et a grandi dans le 18ème arrondissement de Paris. Profondément parisien, il a évolué dans cette ville intraitable. Si son parcours scolaire ne le définit absolument pas, c’est parce qu’il n’y a jamais trouvé de réelle échappatoire : « Après le brevet j’ai fait une formation mécanique motocycle mais j’ai été viré au bout de deux jours. L’année suivante j’ai tenté la pâtisserie mais j’ai arrêté. Puis j’ai fait une formation en peinture option complémentaire en décor pendant 4 ans a l’Efitec de Pantin et là j’ai arrêté. » Mais rien ne l’arrête surtout quand le destin s’en mêle et lui fait gagner un appareil photo à un jeu en ligne, « j’avais dix-sept ans et je ne l’ai plus jamais lâché » assène-t-il. Une pointe d’espoir pour ce jeune homme à la nature pugnace.

Il a commencé par filmer les copains, notamment son ami Doums : « J’ai filmé ses premiers freestyle. Mes premières photos et mes premières vidéos sont de lui. » C’est d’ailleurs lui qui lui présentera Neslet, qui deviendra alors son mentor. A force de trainer tous les jours ensemble, il apprend beaucoup de lui notamment la photographie. S’il s’essaie entre temps au rap avec l’Entourage, c’est surtout être comédien qui lui plait. « En 2013 je lui ai fait comprendre que mon but était de passer devant l’objectif pour être comédien. J’ai enchainé les figu, même des clips de reggae à 100 vues. » Comme toujours, il s’acharne et les projets s’amoncellent. Il nous explique : « Syrine Boulanouar m’a invité sur un projet a lui, une pub pour Nike, j’ai joué dedans et petit à petit j’ai eu des petits rôles. » Cette année on le retrouvera dans le film de Syrine « En bas » et celui de Fabrice Eboué « Coexister ».

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C’est donc au Café Curieux qu’ il a son bureau « C’est l’endroit où je viens prendre de l’énergie…de l’essence pour avancer » lâche Abou. On y trouve son matériel, des pellicules posées en vrac, un scanner… On se sent comme dans un vrai labo photo. Lui ne perd pas de temps. Investi et passionné, il nous montre directement sa façon de traiter ses  images. Un tuto rapide mais qui indique une chose : il aime ce qu’il fait. « J’ai commencé avec L’Entourage et ce sont des potes qui me poussent à travailler, à avancer. Il y aussi Antoine, Sacha Gorce… Que des mecs qui me motivent.»

A la rentrée dernière, il se remet à fond dans la photo. Il récupère un appareil et une pellicule et il commence les portraits des sans-abris. D’ailleurs pendant notre entretien, son ami Neslet passe lui indiquer qu’il y a une photo à faire pas loin du café curieux. Son but est simple : faire en sorte de rendre visible les plus démunis. C’est un acte de foi mais surtout un message de paix que souhaite véhiculer Abou. « Je veux qu’on arrête de faire comme s’ils n’existaient pas. Aujourd’hui ils font partie du décor alors que ce sont des êtres-humains et j’essaie de faire un travail de proximité, de montrer aux gens qui sont comme nous » lâche-t-il. « Quand je viens vers eux, certains sont prêts à communiquer et ça leur fait du bien. D’autres sont d’accord pour que je les prenne en photo mais ne veulent pas discuter. »

De ce genre d’expériences, on en sort forcément grandi et c’est le cas de ce talentueux photographe : « Ça m’a beaucoup appris sur moi. Ça m’a ouvert les yeux sur les autres car moi je suis dans ma bulle. Maintenant je veux juste transmettre des émotions. » La rue l’intéresse et il souhaite explorer ce terrain qu’il maitrise déjà parfaitement et montrer les sans-abris à travers son regard.

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Sur son futur, il est clair : il veut approfondir ce vaste projet dans un premier temps. La photo c’est ce qu’il sait faire. Il nous explique : « Je fais de l’argentique car j’aime la difficulté, la minutie.  Quand t’as un confort tu ne te dépasses pas. Je trouve que ça crée de la fainéantise. » En tête, il a mille idées et a pour objectif de toutes les concrétiser. Armé de patience, il sait qu’il doit mettre toutes les chances de son côté pour être productif. Quitte à devoir accumuler les petits boulots pour financer ses projets : « Je me tue au travail et ça me paie mes pellicules. Je suis obligé si je veux mener mes projets à bien » nous confie-t-il les rêves plein les yeux.

DSC08594 Paris pour lui ? « On marche sur un chef d’œuvre… Et on ne s’en rend pas compte ». Quand il n’est pas en train de prendre des photos, vous pouvez le retrouver en train de boire un café au café curieux. Mais c’est aussi un fervent consommateur de Top Mafe, un site sur lequel il peut commander et se faire livrer un mafe à n’importe quelle heure du jour.

Ce qu’on vous conseille, c’est de rester les yeux ouverts, car si on est sûr d’une chose c’est qu’Abou vous surprendra surement rapidement avec une belle exposition. En attendant, n’hésitez pas à vous balader sur son tumblr pour voir son travail et peut-être vous offrir un de ses clichés.

Propos recueillis par Louisa Marteau Rehaz

Photos: Edouard Richard

Pour voir et/ou vous procurez une de ses œuvres, c’est par ici.

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